Chagrin d’école


J’ai lu et apprécié Chagrin d’école de Daniel Pennac. Ça ne m’a pas surprise puisque je suis depuis très longtemps une de ses lectrices (presque) inconditionnelle. Il y parle du cancre qu’il a été, de l’École, des êtres en devenir que sont les adolescents. Bref, tout un programme.

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Je me suis retrouvée dans bien des pages, parce que bien qu’ayant passé une bonne partie de ma vie à être prof, j’ai aussi été un cancre absolu dans les matières scientifiques, et même si, adolescente, je faisais mine de m’en vanter, ça a toujours été une grande vexation, peut-être à l’origine de mon intérêt pour l’Internet, les sites web et ordinateurs, — une sorte de revanche, peut-être ?

J’ai relevé ces lignes qui m’ont plu sur la retraite et la vieillesse.

F. est mort quelques mois après sa mise à la retraite. J. s’est jeté par la fenêtre la veille de la sienne. G. fait une dépression nerveuse. Tel autre en sort à peine. Les médecins de J.F. datent le début de son Alzheimer de la première année de sa retraite anticipée. Ceux de P. B. aussi. La pauvre L. pleure toutes les larmes de son corps pour avoir été licenciée du groupe de presse où elle croyait faire l’actualité vitam æternam. Et je pense encore au cordonnier de P., mort de n’avoir pas trouvé repreneur à sa cordonnerie. « Alors ma vie ne vaut rien ? » C’est ce qu’il ne cessait de répéter. Personne ne voulait racheter sa raison d’être. « Tout ça pour rien ? » Il en est mort de chagrin.
(…)
Maléfice du rôle social pour lequel nous avons tous été instruits et éduqués, et que nous avons joué « toute notre vie », soit une moitié de notre temps de vivre : ôtez-nous le rôle, nous ne sommes même plus l’acteur.
Ces fins de carrière dramatiques évoquent un désarroi assez comparable à mes yeux au tourment de l’adolescent qui, croyant n’avoir aucun avenir, éprouve tant de douleur à durer. Réduits à nous-mêmes, nous nous réduisons à rien. Au point qu’il nous arrive de nous tuer. C’est, à tout le moins, une faille dans notre éducation.

Et moi, qui ne cesse de vous dire que « vieux, c’est mieux !!! », j’ai tout de même eu un cancer du sein et ai été opérée deux mois avant la date officielle de ma retraite, –j’ai bien évité la chose puisque le jour de ma retraite, j’étais en radiothérapie. ;)

Mais le passage de la camarde, comme disait Brassens, à proximité, m’a ouvert les yeux sur bien des choses. Et j’ai appris, comme le dit Pennac que ce n’est pas toute ma vie, que j’ai passée à être prof, mais seulement la moitié, et comme vraisemblablement, il me reste entre vingt et trente ans, il est important de prendre ce virage intelligemment et de les vivre aussi bien que possible.

N.B. C’est moi qui ai ajouté les caractères gras dans la citation de Pennac.

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9 réflexions sur “Chagrin d’école

  1. Magnifique texte, immense écrivain et merveilleux prof! Merci pour cet extrait généreux. Je vais lire le livre, c’est certain, parce que le sujet me touche, moi aussi j’étais un cancre. Cet oignon, je l’ai toujours avec moi et aujourd’hui encore, c’est avec lui que je commence chacune de mes journées. Pennac fait partie de ces professeurs d’espoir dont nous avons tellement besoin.

  2. Suivant ta suggestion, j’ai visité Vikipédia. J’ai lu que PENNAC a écrit, « On ne force pas une curiosité, on l’éveille. » Et voilà ce que tu fais pour tes lecteurs, Prof Claude! Toi, retirée? Jamais! Tu me donnes le désir d’explorer en profondeur les sujets que tu présentes.
    Dans ma vieillesse, je craignais les rides aux cerveau et la monotonie. Plus maintenant! Si tes blogs sont ta revanche,tu la réussis à merveille. Merci, chère Claude, d’avoir été
    (selon ton aveu) un cancre en sciences dans ton adolescence!

  3. Je dis souvent qu’un bon prof est celui qui a connu l’échec. Mais c’est sûrement vrai pour quiconque. Merci de nous transmettre ce message, Claude, si tu y ajoutes l’angoisse que se font les parents (entre 40 et 50 ans) pour leurs enfants, il reste peu de périodes vraiment insouciantes et heureuses. Mais ceux qui passent les caps difficiles sont chanceux !

  4. il suffit de savoir le devenir, insouciant et heureux et comprendre que le travail est un moyen « pour » vivre et non pas « de » vivre!
    la retraite de mon mari, je la lui ai préparée! des occupations avant tout! pour qu’il ne pense pas qu’il ne servait plus à rien! et ça s’est passé en douceur!!
    bisous de l’yonne

  5. ah je l’avais entendu un matin sur France Culture et ça m’avait donné envie de le lire. Et une bonne âme me l’a offert pour Noel donc je suis en train de le lire et j’aime ça. C’est rare que je lise autre chose qu’un truc féministe mais ça me plait beaucoup. Pourtant c’est un peu l’inverse pour moi qui avait des « facilités » comme on disait avant. Mais cela m’a au contraire bcp desservie. Mon père qui était brutal avec moi s’est improvisé entre autre, enseignant pour jouer avec moi comme avec un singe, autant dire que c’était un fantôme d’enfant qui entrait dans le « bureau ». A 7 ans j’allais très mal, il a en partie stoppé, mais quelque chose était parti définitivement de moi, remplacé par un caractère en béton que j’ai gardé et la haine dont je n’ai que le souvenir heureusement. J’ai laissé ma personnalité ailleurs, probablement dans « le féminin l’emporte » ;o) J’aime bcp la douceur de Pennac ! C’est très rare que les cadeaux correspondent à ce que l’on attend, son livre est si agréable, si plein d’espoir qu’on se demande si c’est vrai !

  6. Je vais m’empresser de lire celui-là. J’avais adoré « Comme un roman » où il prônait la lecture à haute voix aux enfants même après qu’ils aient appris à lire. J’appliquais sa théorie en lisant à mes sixièmes « hyperactifs » un peu de « Kamo et l’Agence Babel », en fin de cours. Ils adoraient ça et du coup travaillaient vite et efficacement pour avoir un peu de lecture. Oui, Pennac devait être un prof excellent.

  7. Formidable! Je ne le connaissais que par les romans Malaussène – mais ce sont des pensées qui touchent au coeur. Oui, il faut apprendre à « travailler pour vivre » et non pas l’envers, mais voici une pensée pour les profs: ce que vous avez fait en tant que prof reste avec vos élèves – vous travaillez toujours, bien après la retraite, même sans le savoir!

  8. A mon tour, enfin, de venir dire merci pour ce mot. Vivre la vie avec intelligence et bonheur: un conseil qui s’adresse à toute personne, de tout âge, à mon humble avis…
    Très belles fêtes à tout le monde !

  9. Etant cancre inconditionel, en échex scolaire depuis mon entrée dans le secondaire, oubliées de certains profs, très appréciées par d’autres, révoltée contre l’éducation, énervée par la facon dont on nous « apprend » j’ai aimée lire ce livre qui m’a d’aileurs été conseillé par une prof de francais, la seule qui ai vraiment voulu me sortir de cet « échec », de ce trou dans le quel je foncais a grande allure, dans le quel je fonce toujours. Oui, ele n’y est pas arrivé, et lire ce livre ne m’a pas non plus remis dans le droit chemin, mais il m’a apporté beaucoup, je dirais sur le coup. Peut être faudrait-il que je le relise en permanence pour qu’il fasse « effet » sur ce comportement que j’ai ou qui m’a adopté depuis cette fichue classe de 6eme. J’ai crus lire que vous aviez été prof, et je suis contente que vous ayez lu ce livre car il me semble que certains propos y figurant devraient être lu par chaques professeurs. Je voudrais quand même vous posez une question, ma prof de francais actuelle, bien que ce ne soit pas la meilleur que j’ai eu, m’a demandé en début d’année de lui préter mon livre, ce que j’ai fait. Elle l’a donc lu, et m’a dit qu’elle avait trouvé les solutions que M.Penac donnait un peut trop “magique”, elle voulait dire par la qu’elle avait vu dans ses propos une sorte de potion qui opérerait sur tous les élèves et qu’il simplifiait beaucoup cette méthode, alors ma question est la suivante : vous êtes vous fait la même remarque après avoir terminé ce bouquin ?

    Je serais vraiment contente si vous pouviez répondre à mon adresse e-mail.

    Merci.
    Au revoir.

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