Pluie et Grisaille

Pluie et grisaille

Rainy day

Cette photo, je l’ai prise hier. J’étais dans la passerelle qui traverse la rue Linois, de l’un des bâtiments de Beaugrenelle à l’autre, celui où se trouve Marks & Spencer’s, que, en bonne ancienne angliciste, je visite souvent.

Bien des gens du quartier médisent sur les centres commerciaux en général, maugréent en parlant de Beaugrenelle, mais moi, je trouve que quand il pleut, ou qu’il fait très froid, c’est plutôt agréable d’aller faire du lèche-vitrines à l’abri, même si on n’achète rien. Et puis il y a les cinémas, à portée de la main.
Donc tant pis pour les grognons, moi, j’en profite

Préservez votre intimité !

C’est la phrase que j’ai le plus entendue, lors de ma courte hospitalisation pour cause de (ô délices !) coloscopie additionnée de fibroscopie.
Au moins je ne me suis pas déplacée pour rien, puisque le gastro a trouvé quatre polypes d’un côté, et pour faire bon compte, quatre de l’autre. Ce qui signifie, hélas, retour à la case départ dans trois ans. Si du moins, comme on peut l’espérer, ils sont tous de caractère bénin. Mais notre homme ayant l’air optimiste, je le serai aussi.
Par contre, le système hospitalier français que je pratique depuis mes quarante ans, l’âge auquel je me suis livrée pour la première fois aux délices de la préparation à la colo, n’a fait que dégringoler.
Je passerai sur cette préparation, car ce n’est vraiment pas le plus ragoûtant, pour aller directement à mon arrivée à la clinique où pratique mon — par ailleurs charmant — gastro.
Après les formalités d’usage, me voici en face de la personne (une infirmière ?) qui s’occupe de nous, les opérables. Elle me donne un sac en plastique et m’explique l’usage de chaque chose, une charlotte pour mes cheveux, des sortes de chaussons pour mes pieds, et les deux choses les plus importantes, une sorte de vêtement bleu jetable, tout synthétique avec quatre attaches à nouer devant, pour, me dit-elle, mon intimité, et une culotte tout aussi jetable, et tout aussi indispensable à mon intimité.
J’entre dans un minuscule espace où je me cogne de tous côtés pour parvenir à me déshabiller d’abord, puis à enfiler le vêtement, que j’arrive à peine à fermer.
Quant à la culotte, elle est bien trop petite pour moi, et ne parvient pas à dépasser mes genoux, j’y renonce donc. Seule mon intimité du haut sera vaguement préservée !

Nous allons ranger mes affaires dans une placard et je m’assois dans l’un des fauteuils alignés dans la salle d’attente.

J’enfile les chaussons, qui sont là, si j’ai bien compris, pour l’hygiène, mais qui vont marcher avec moi là où tout le monde marche avec les chaussures qui ont été dans la rue, m’emmener aux toilettes, puis me faire revenir dans la salle où on va m’anesthésier et grimper avec moi sur le lit où vont avoir lieu les deux interventions. Hygiène ? Bon, je veux bien.

Exactly how I feel about doctors!

Lorsque je me réveille, l’anesthésiste vient voir si tout va bien, heureusement c’est le cas, et l’infirmière pousse mon lit vers une autre salle, où dans un premier temps, je suis toute seule. Un peu plus tard, on m’apporte un petit déjeuner qui réconforte. Et encore un peu plus tard, apparaît, poussé sur son lit, tout comme moi, un monsieur, qu’on met à côté de moi, après avoir mis un vague rideau qui est censé nous séparer, et ne va que jusqu’à nos genoux. Un deuxième arrive, dans les mêmes conditions.
A nouveau, j’ai besoin d’aller aux toilettes et dois donc passer devant les deux messieurs qui ont bien de la chance de pouvoir être torse nu, alors qu’il faut que j’arrive à m’envelopper dans mon intimité.

Alors pourquoi dis-je que le système hospitalier a bien baissé ? Il y a 28 ans, lorsque j’allais faire une coloscopie, je partageais une chambre avec une personne du même sexe que moi. Ceci pendant une bonne dizaine d’années, puisqu’il me fallait y retourner assez souvent, pour cause de polypes récurrents.

Puis, plus de chambres, mais des sortes de cubicules, séparés par une mince cloison, qui laissait entendre tous les bruits qui s’y produisaient. Peu agréables bruits, certes, s’agissant de suites de coloscopie, mais à côté de mon expérience d’il y a quelques jours, quel luxe !
Maintenant, plus de mince cloison, juste un rideau quelque peu délabré entre chaque lit.
Pauvre Assistance Publique.
Et compte tenu du trou de la Sécu, ça ne risque pas de s’arranger.

Il y a…

Un e-bouquin que j’ai téléchargé sur ma liseuse, Ecrire, un plaisir à la portée de tous de Faly Stachak m’a donné l’idée de ce qui suit. Grâce à elle, je me suis lâchée avec le "il y a" proscrit dans mon enfance, par mes profs de Français. ;)

Il y a, en fond sonore, le brouhaha de la ville, les cris des enfants, les pas des promeneurs, les coups de sifflets, le roucoulement des pigeons, les langues étrangères,

Il y a ces chaises métalliques, inhospitalières certes, mais qu’on aime à trouver lorsqu’on est fatigué,

Conversation

Il y a de vastes et vertes pelouses où se dandinent des couples de canards,

Il y a la Tour Montparnasse dont on se passerait bien, qu’elle est laide, celle-là !

Il y a des parterres fleuris et changeants où, au printemps, des canettes choisissent parfois de faire leur nid

Bringing new leaves

Il y a le Palais du Sénat, tout bien léché et protégé par de multiples plantons,

Il y a les gardes qui traversent le jardin et sifflent avec vigueur votre moindre écart,

Il y a la Fontaine de Médicis, entourée de guirlandes verdoyantes, où se douchent les pigeons et un ou deux couples de col-verts, refuge silencieux et isolé,

Looking for soap

Il y a les amoureux, comme toujours, seuls au monde, qui s’embrassent sur les bancs de bois,

Red fans

Il y a un kiosque où, les dimanches, on s’arrête pour écouter la musique du moment,

Il y a un enclos, parfois peuplé de cosmonautes blancs, qui s’affairent autour des ruches,

Il y a les crocus qui pointent le nez sur certaines pelouses au détour du printemps, et qu’il faut faire vite pour repérer,

Il y a ceux qui fument, il y a ceux qui lisent le journal, il y a ceux qui prennent des bains de soleil, ceux qui écoutent de la musique, ceux qui jouent aux échecs, ceux qui pratiquent le Tai Chi Chuan, ceux qui courent, et puis ceux qui regardent les autres faire,

Reading

Il y a les bambins, perchés sur leur cheval de bois, ils allongent leur bâton pour cueillir des anneaux et gagner… les bravos de leur papa,

Il y les balançoires, Plus haut ! Encore plus haut !, les toboggans, les bacs à sable et les agrès maintenant abrités derrière de hautes clôtures pour protéger les petits de toute menace, les poneys et les ânes qui docilement marchent le long d’un parcours dédié,

Il y a le grand bassin où voguent les voiliers menés à la baguette, qui reviennent tous les ans à la belle saison,

Il y a les palmiers qu’on sort de la serre quand se montre l’été,

Il y a les coureurs essoufflés, qui après quelques tours étirent leurs membres fourbus sur les bancs ou les chaises

Il y a les allées, plantées de marronniers bien alignés qui changent la couleur de leurs habits au gré du temps qui passe,

Autumn picture

Il y a, immobiles et imposants, les reines, saints et poètes de pierre qui depuis toujours, surveillent tout ce petit monde du haut de leur grand âge,

Il y a ma mémoire de petite fille, d’écolière, d’étudiante, de maman, de vieille dame, d’une vie qui souvent, en ce lieu, est revenue ; peut-être, un jour finirai-je par y créer mes souvenirs de grand-mère ?

Un samedi pas comme les autres

J’ai pris mon courage à deux mains et ai participé aujourd’hui, pour la première fois à un atelier d’écriture (petit clin d’œil à Tilly qui elle, en avait déjà fait un)
Je vous livre donc ma production du jour. Ce n’était pas trop tôt puisqu’il y a plus d’un mois que je n’ai rien écrit ici :(

Debout près de son père, dans la chaleur de juin, elle se souvenait de sa grand-mère.
Pendant seize ans, Léa, comme venait de l’appeler ce vieil ami en prononçant l’oraison funèbre, avait toujours été présente dans sa vie, tel un ange tutélaire.

Pas un modèle, car celle que ses petits-enfants appelaient Mémé ne leur avait montré d’elle que son profil assis.
Près de la fenêtre, à regarder le ballet des ambulances et des civières dans la cour de l’hôpital, à se tourner les pouces, dans un sens… puis dans l’autre.
Petite fille, elle avait été fascinée par la valse des pouces de Mémé et un jour, sa mère l’avait surprise à essayer de reproduire le geste et l’avait grondée, pensant qu’elle se moquait.
Elle avait à l’époque une dizaine d’année et pensait sincèrement qu’il y avait de la magie dans ce travail des pouces.

Mémé était impotente, se déplaçait à grand peine à l’aide de sa canne de sa chaise à sa chambre ou aux toilettes. Elle dépendait en tout de sa fille, de ses fils et de leurs épouses.

En regardant les autres membres de la famille rassemblés, elle se demanda si eux aussi percevaient combien Mémé avait été seule. Ses seuls plaisirs étaient les cigarettes qu’elle se roulait et dont elle léchait le papier pour les faire tenir, et les parties de cartes avec l’un ou l’autre de ses petits-enfants.

Elle frissonna malgré la chaleur. Quand elle rentrerait du lycée, il n’y aurait plus, près de la fenêtre, qu’une chaise vide.

With my grandmother, Léa

Avec ma grand-mère, Mémé, encore debout