Klezmer

En février, l’an dernier, je vous avais parlé d’une série que j’avais découverte grâce à Papilloon, dont malheureusement, le blog semble s’être arrêté à cette date, Le Chat du Rabbin de Joann Sfar.
Quatre épisodes du ‘Chat’ plus loin, voilà que ma fille m’offre, parmi une foultitude de bouquins, KLEZMER.

KLEZMER
du même Joann Sfar.

KLEZMER ? Jamais entendu ce mot-là ! Eh oui, d’accord, je suis inculte et j’assume !

Donc, je fais un saut sur Wikipedia, qui n’a pas toujours raison, mais qui est bien pratique tout de même, et je trouve :

Le mot klezmer vient de l’association des mots klei et zemer, instrument de chant. À l’origine le mot klezmer (pluriel : klezmorim) désignait donc les instruments. Le sens a glissé et on a également appelé les interprètes les klezmorim ; du fait des conditions de vie précaires de ces musiciens itinérants, ce mot pouvait avoir un aspect péjoratif.
En raison de ses origines, la langue de prédilection de la chanson klezmer est le yiddish, mais les langues locales étaient aussi utilisées.

Bon, alors, on est passé du chat d’un rabbin algérien à de la musique Yiddish !
J’adore ce Joann Sfar. Il est éclectique, intelligent, plein d’humour évidemment, et il est toujours là où on ne l’attend pas.
Sur mes vieux jours, il me donne le goût de la BD, parce que, me disais-je, ce n’est pas à mon âge qu’on se met à lire des BDs ! Sortie de Tintin, et d’Astérix, je suis une terre totalement à défricher. Et celle-là, en plus, c’est « une bande dessinée musicale » !
D’ailleurs, il l’écrit fort bien, ce Joann Sfar, que la BD, c’est une lecture difficile :

A l’instar du théâtre, la bande dessinée en demande beaucoup à son lectorat. Pour lire une bande dessinée, il faut non seulement disposer d’une imagination active mais également accepter une foule de conventions inhérentes au genre. Le spectateur de cinéma, c’est un mollasson, il n’a qu’à poser ses fesses sur le fauteuil et manger ce qu’on lui donne. Celui qui préfère les bandes dessinées ou le théâtre, lui, c’est un authentique travailleur. Il accepte qu’un seul acteur fasse toutes les voix, il feint de ne pas voir les coulisses, il fait crédit aux masques qu’on lui agite sous le nez, il entre dans une succession d’évènements dont l’horloge n’est pas le temps du monde. Vraiment, ce client-là, c’est un bon client.

dans les notes pour KLEZMER, tome I. Et il l’écrit, comme dans les BDs, à la main !

Je suis née dans une famille juive, avec un père Séfarade, et une mère Ashkenaze, l’un savait parler le Ladino (oui, oui, je sais, on dit le Judéo-Espagnol, le Ladino est une langue écrite, mais Ladino, c’est le mot qu’utilisait mon père), et l’autre le Yiddish (sans oublier le Polonais et du Russe qu’elle parlait aussi), et leur langue de rencontre, ça a été le français. Donc ma culture familiale, à part pour la Shoah que Séfarades et Ashkenazes partagent, c’est le français.
Est-ce que je me retrouve dans les personnages de Joann Sfar ? Sans doute, mais pas à cause de mes origines, plutôt parce qu’ils ont quelque chose d’universel.

Bref, je m’en vais offrir à ma fille, pour son anniversaire… KLEZMER, Bon anniversaire, Scylla ! –le tome 2. Comme ça, je pourrai le lire après. ;)

  • Le site officiel de Joann Sfar ici

PS Un mot sur le format du livre, qui n’est pas le format habituel de la BD, on dirait plutôt un journal, du type journal de voyage. Bref une très belle présentation, en plus du contenu.

Une gourmandise

Piled upL’un des nombreux livres qui m’ont été offerts pour Noël ! J’ai été très gâtée, y compris en livres en français.
En fin de compte, je lis très peu de livres en français. J’ai pris l’habitude de lire en anglais, tout simplement parce que le plaisir de la lecture dure plus longtemps pour moi. Je suis une lectrice très –trop ?– rapide, et lire en anglais me ralentit tout de même quelque peu. Donc ce petit livre, Une Gourmandise, de Muriel Barbery, dont la couverture est déjà un délice, avec ces gens entre deux haies de crème fouettée ou de mayonnaise, on ne sait, qui chevauchent des fouets, tels des monocycles, m’a mise en appétit.

      En salade, au four, en ratatouille, en confitures, grillées, farcies, confites, cerises, grosses et molles, vertes et acides, honorées d’huile d’olive, de gros sel, de vin, de sucre, de piment, écrasées, pelées, en sauce, en compote, en écume, en sorbet même : je croyais en avoir fait le tour et, en plus d’une occasion, en avoir percé le secret.
(…)
La tomate crue, dévorée dans le jardin sitôt récoltée, c’est la corne d’abondance des sensations simples, une cascade qui essaime dans la bouche et en réunit tous les plaisirs. La résistance de la peau tendue, juste un peu, juste assez, le fondant des tissus, de cette liqueur pépineuse qui s’écoule au coin des lèvres et qu’on essuie sans crainte d’en tacher ses doigts, cette petite boule charnue qui déverse en nous des torrents de nature : voilà la tomate, voilà l’aventure.

Un livre à savourer, qui m’a souvent fait rire, souvent cocasse, parfois grinçant, formidablement bien écrit, qui, je viens de m’en apercevoir, a eu le prix du meilleur livre de littérature gourmande en 2000.
Le héros en est le plus grand critique gastronomique de la planète, qui à l’heure de sa mort, est à la recherche de goûts de son enfance, un héros si on veut, tantôt adulé, tantôt dûrement critiqué par son entourage.

Un autre extrait pour vous mettre en bouche

      Ce fut un éblouissement. Ce qui franchit ainsi la barrière de mes dents, ce n’était ni matière ni eau, seulement une substance intermédiaire qui de l’une avait gardé la présence, la consistance qui résiste au néant et à l’autre avait emprunté la fluidité et la tendresse miraculeuses. Le vrai sashimi ne se croque pas plus qu’il ne fond sur la langue. Il invite à une mastication lente et souple, qui n’a pas pour fin de faire changer l’aliment de nature, mais seulement d’en savourer l’aérienne moellesse : ni mollesse ni moelleux ; le sashimi, poussière de velours aux confins de la soie, emporte un peu des deux et, dans l’alchimie extraordinaire de son essence vaporeuse, conserve une densité laiteuse que les nuages n’ont pas.

A consommer sans modération ! :)

Le blog de Muriel Barbery, avec des photos superbes de Stéphane Barbery

Chagrin d’école

J’ai lu et apprécié Chagrin d’école de Daniel Pennac. Ça ne m’a pas surprise puisque je suis depuis très longtemps une de ses lectrices (presque) inconditionnelle. Il y parle du cancre qu’il a été, de l’École, des êtres en devenir que sont les adolescents. Bref, tout un programme.

from www.telerama.fr posted with vodpod
 
 
Je me suis retrouvée dans bien des pages, parce que bien qu’ayant passé une bonne partie de ma vie à être prof, j’ai aussi été un cancre absolu dans les matières scientifiques, et même si, adolescente, je faisais mine de m’en vanter, ça a toujours été une grande vexation, peut-être à l’origine de mon intérêt pour l’Internet, les sites web et ordinateurs, — une sorte de revanche, peut-être ?

J’ai relevé ces lignes qui m’ont plu sur la retraite et la vieillesse.

F. est mort quelques mois après sa mise à la retraite. J. s’est jeté par la fenêtre la veille de la sienne. G. fait une dépression nerveuse. Tel autre en sort à peine. Les médecins de J.F. datent le début de son Alzheimer de la première année de sa retraite anticipée. Ceux de P. B. aussi. La pauvre L. pleure toutes les larmes de son corps pour avoir été licenciée du groupe de presse où elle croyait faire l’actualité vitam æternam. Et je pense encore au cordonnier de P., mort de n’avoir pas trouvé repreneur à sa cordonnerie. « Alors ma vie ne vaut rien ? » C’est ce qu’il ne cessait de répéter. Personne ne voulait racheter sa raison d’être. « Tout ça pour rien ? » Il en est mort de chagrin.
(…)
Maléfice du rôle social pour lequel nous avons tous été instruits et éduqués, et que nous avons joué « toute notre vie », soit une moitié de notre temps de vivre : ôtez-nous le rôle, nous ne sommes même plus l’acteur.
Ces fins de carrière dramatiques évoquent un désarroi assez comparable à mes yeux au tourment de l’adolescent qui, croyant n’avoir aucun avenir, éprouve tant de douleur à durer. Réduits à nous-mêmes, nous nous réduisons à rien. Au point qu’il nous arrive de nous tuer. C’est, à tout le moins, une faille dans notre éducation.

Et moi, qui ne cesse de vous dire que « vieux, c’est mieux !!! », j’ai tout de même eu un cancer du sein et ai été opérée deux mois avant la date officielle de ma retraite, –j’ai bien évité la chose puisque le jour de ma retraite, j’étais en radiothérapie. ;)

Mais le passage de la camarde, comme disait Brassens, à proximité, m’a ouvert les yeux sur bien des choses. Et j’ai appris, comme le dit Pennac que ce n’est pas toute ma vie, que j’ai passée à être prof, mais seulement la moitié, et comme vraisemblablement, il me reste entre vingt et trente ans, il est important de prendre ce virage intelligemment et de les vivre aussi bien que possible.

N.B. C’est moi qui ai ajouté les caractères gras dans la citation de Pennac.

Enchaînée par Françoise

qui blogue à Des Infos sur les femmes en France et dans le Monde, et m’a gentiment embarquée dans cette chaîne livresque ! Donc allons-y !
Il faut dire que j’ai été une lectrice passionnée et assidue et que ce n’est plus le cas.
Sur mes vieux jours, j’ai du mal à lire autre chose que des polars.
Voilà, au cas où je ne vous aurais pas encore dévoilé ce secret, j’adore les polars.
Et comme je suis restée angliciste, malgré la retraite, je préfère maintenant lire en anglais.
Mais là n’est pas la question !
Les 4 livres de mon enfance

Les quatre filles du Docteur March (qui, oh surprise, n’était pas du tout médecin), de Louisa May Alcott. Quatre, ça commence bien.
La Case de l’Oncle Tom, sur lequel j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, de Harriet Beecher Stowe
Petite Princesse de Frances Hodgson Burnett, là aussi j’ai mouillé des draps de lit. Avec tous ces auteurs anglophones, on s’étonne que je sois devenue prof d’anglais ! ;)
Mais aussi, Sans Famille, d’Hector Malot, Un Mousse de Surcouf, de Pierre Maël, Les Trois Mousquetaires, de Dumas, Robinson Crusoe de Daniel de Foe, Le Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier et Les Misérables. Entre autres !

Les 4 écrivains que je lirai et relirai encore
J’en relis des passages de temps à autre
Léon Tolstoï, la Guerre et la Paix qui m’a éblouie quand j’étais jeune et que j’ai relu il n’y a pas si longtemps.
Stendhal, l’un de mes auteurs préférés parce que La Chartreuse de Parme, Lucien Leuwen, Le Rouge et le Noir peuvent se lire à toutes sortes de niveaux.
Proust, que j’ai découvert sur le tard.
Victor Hugo, j’adore les Misérables –j’ai gardé mon regard d’adolescente sur ce livre

Les 4 auteurs que je ne lirai plus jamais
Franchement quand quelque chose ne me plaît pas, je ne le finis pas et je l’oublie sur une étagère… Je n’arrive même pas à trouver le nom d’un seul auteur.
Je peux cependant citer quelques bouquins que je n’ai pas réussi à lire. Mais de là à dire plus jamais…
Impossible pour moi de dépasser la page 50 de Da Vinci Code. Je n’ai pas marché du tout, je ne sais pas pourquoi.
Je n’ai pas pu non plus arriver au bout d’un bouquin de Douglas Kennedy, The Dead Heart. Ce qui ne m’a pas donné envie de lire d’autres livres de cet auteur dont j’entends pourtant dire du bien.
Il doit y en avoir d’autres… mais je ne trouve pas.

books

Les 4 premiers livres de ma liste à lire

Actualité oblige, l’autobiographie de Doris Lessing, Under My Skin.
Le dernier Harry Potter que j’attends en édition brochée et en anglais.
What came before he shot her, un polar d’Elizabeth George.
Girl with the pearl earring (la jeune fille à la perle) qui attend depuis fort longtemps et qui est dans mon sac. Elle a donc ses chances ;)

Les 4 livres que j’emporterai sur une île déserte
Franchement, je ne sais pas. Quand j’étais jeune, je ne pouvais m’imaginer sans un livre à la main et j’aurais certainement eu une liste incroyablement longue de livres à emporter. Maintenant, c’est terrible à dire, mais j’ai plus de mal à m’imaginer sans ordinateur et connection Internet que sans livres.
Alors, est-ce que la règle du jeu me permet d’emporter mon MacBook et ma connection ADSL sur mon île déserte ? ;)

Les dernières lignes d’un de mes livres préférés
Je m’en vais vous recopier le dernier chapitre des Misérables.

Il y a, au cimetière du Père-Lachaise, aux environs de la fosse commune, loin du quartier élégant de cette ville des sépulcres, loin de tous ces tombeaux de fantaisie qui étalent en présence de l’éternité les hideuses modes de la mort, dans un angle désert, le long d’un vieux mur, sous un grand if auquel grimpent les liserons, parmi les chiendents et les mousses, une pierre. Cette pierre n’est pas plus exempte que les autres des lèpres du temps, de la moisissure, du lichen, et des fientes d’oiseaux. L’eau la verdit, l’air la noircit. Elle n’est voisine d’aucun sentier, et l’on n’aime pas aller de ce côté-là, parce que l’herbe est haute et qu’on a tout de suite les pieds mouillés. Quand il y a un peu de soleil, les lézards y viennent. Il y a, tout autour, un frémissement de folles avoines. Au printemps, les fauvettes chantent dans l’arbre.

Cette pierre est toute nue. On n’a songé en la taillant qu’au nécessaire de la tombe, et l’on n’a pris d’autre soin que de faire cette pierre assez longue et assez étroite pour couvrir un homme.

On n’y lit aucun nom.

Seulement, voilà de cela bien des années déjà, une main y a écrit au crayon ces quatre vers qui sont devenus peu à peu illisibles sous la pluie et la poussière, et qui probablement sont aujourd’hui effacés :

Il dort. Quoique le sort fût pour lui bien étrange,
Il vivait. Il mourut quand il n’eut plus son ange,
La chose simplement d’elle-même arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s’en va.

Et maintenant qui va s’y coller ? Toli chez Absolutely Awesome ? Lulu chez Darjeeling in the teapot, CManu chez Ainsi va mon monde ?
Fauvette chez …
elle ? Enfin, seulement si vous avez envie !

Le Chat du Rabbin

Je ne me souviens plus sur quel blog j’ai découvert l’existence du Chat du Rabbin. L’auteur du blog, recommandait sans doute le dernier épisode, mais moi, en vieille que je suis, ne connaissais même pas l’existence du Chat, ni de son maître le Rabbin et en non-lectrice de B.D. n’avait jamais entendu parler de Joann Sfar, leur géniteur.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire, et on n’est jamais trop vieux pour devenir moins bête.

En passant à la FNAC cet après-midi, j’ai vu un rayon où s’empilaient des exemplaires du dernier épisode du Chat du Rabbin, intitulé Jérusalem d’Afrique et qui me semblait donc aborder un thème intéressant, mais me suis dit qu’il valait mieux que je commence par le commencement, c’est-à-dire le tome 1, La Bar-Mitsva.

Le Chat du Rabbin

J’ai pris en photo ces deux dessins en espérant vous donner envie.

Qui que tu sois, ô toi qui m’a donné envie de lire cette B.D., si tu passes par ici, identifie-toi et sois remercié(e), ;) j’ai dévoré le premier tome, ai beaucoup ri, bien que ce soit parfois plus subtil et profond qu’il n’y paraît et vais relire en regardant les dessins de plus près –je suis en effet davantage une femme de texte que de dessins.

15 mn plus tard… Ca y est ! J’ai retrouvé le blog qui m’a donné envie de lire cette B.D. Merci à Papilloon de Le Fil du Temps