Autour d’un mot

Le seul mot qui me vienne à l’idée, là, tout de suite et qui m’incite à écrire quelque chose, n’est pas dans ma liste de mots préférés. Ce n’est ni le sorbet bien parfumé, ni le colimaçon avec son escalier, ni le cornac équipé de sa pique ou encore la citrouille du carrosse de Cendrillon, pas plus qu’un chèvrefeuille s’accrochant à mon clavier, ou Bobodioulasso, souvenir lointain d’un périple au Burkhina Fasso.

Non, le seul mot qui m’inspire le moindre appétit, c’est la gaufrette.
J’ai bien dit gaufrette, pas gaufré tel le papier, ni gaufre, comme la gaufre pourtant appétissante qu’on déguste en maculant son nez du sucre glace volatile, ni celle du «moule à gaufre» du Capitaine Haddock.

Non, il s’agit bien de la gaufrette de mon enfance, celle dont ma mère achetait des cartons entiers, une gaufrette épaisse, tout à la fois moelleuse et croustillante, drapée de chocolat noir, qui lorsque vous l’aviez finie, vous donnait immanquablement l’envie d’enfoncer vos dents dans la suivante. Une gaufrette comme il n’en existe plus.

Enveloppée de deux papiers, l’un argenté qui la protégeait, et par-dessus, un papier glacé et brillant orné d’une photo qui vous donnait l’eau à la bouche, elle vous tachait les doigts de chocolat dès que vous l’aviez ouverte.

Chez nous, on la dégustait avec du thé. Mon père faisait trempette, un crime de lèse-gaufrette, car ça la ramollissait. Moi, je plantais les dents dedans et laissais les morceaux fondre dans ma bouche avec délice.
Je préférais celles au chocolat noir, alors que ma mère aimait mieux le chocolat au lait.

J’ai encore à la mémoire le nom du fabricant belge, de Beukelaer. Des recherches sur Internet ont parfois fait bondir mon cœur d’espoir, mais vainement.
La gaufrette de mon enfance n’est plus.

Fait à l’atelier d’écriture Alice et les mots, le weekend dernier. Merci, Martine.

L’histoire de ma tante…

… est épatante.

C’est l’intitulé d’une exposition fort intéressante, et qui plus est, gratuite au Mont-de-Piété parisien, devenu Crédit Municipal de Paris.

L’exposition retrace l’histoire de l’institution entre 1637 (date de sa fondation et 1914)

J’y ai appris bien des choses, par exemple que Théophraste Renaudot, à l’origine du Mont de Piété et de bien d’autres institutions, n’était pas écrivain, ni journaliste (évidemment, à cause du Prix Renaudot), mais médecin.

Homme inventif, curieux, il fut à l’origine d’institutions qui lui ont aujourd’hui survécu : les monts de Piété, les petites annonces, l’assistance publique, l’agence pour l’emploi et surtout la Presse. C’est pour cette dernière raison, évidemment, que le prix lui rend hommage, puisque le jury du Renaudot est constitué d’hommes et de femmes de presse

matante

Que le Mont-de-Piété était destiné à lutter contre l’usure, que l’un des "objets" les plus déposés en gage était le matelas. Etonnant, non?
La raison? C’est qu’après le passage de l’huissier, tout ce qu’il avait laissé, c’était le matelas, donc la seule chose que les pauvres gens avaient à mettre en gage, ou comme on le disait "chez ma tante", ou encore "au clou".
Bien des gens célèbres ont eu recours au Mont de Piété, de Victor Hugo à Baudelaire en passant par Joséphine de Beauharnais ou encore Tolstoï.
A la sortie, nous avons demandé quel pourcentage d’objets déposés en gage étaient récupérés, la réponse est 90%.

Bref, vous avez jusqu’à la fin du mois, c’est-à-dire plus très longtemps pour aller voir cette exposition, sise au 55 rue des Francs Bourgeois à Paris

Un samedi pas comme les autres

J’ai pris mon courage à deux mains et ai participé aujourd’hui, pour la première fois à un atelier d’écriture (petit clin d’œil à Tilly qui elle, en avait déjà fait un)
Je vous livre donc ma production du jour. Ce n’était pas trop tôt puisqu’il y a plus d’un mois que je n’ai rien écrit ici :(

Debout près de son père, dans la chaleur de juin, elle se souvenait de sa grand-mère.
Pendant seize ans, Léa, comme venait de l’appeler ce vieil ami en prononçant l’oraison funèbre, avait toujours été présente dans sa vie, tel un ange tutélaire.

Pas un modèle, car celle que ses petits-enfants appelaient Mémé ne leur avait montré d’elle que son profil assis.
Près de la fenêtre, à regarder le ballet des ambulances et des civières dans la cour de l’hôpital, à se tourner les pouces, dans un sens… puis dans l’autre.
Petite fille, elle avait été fascinée par la valse des pouces de Mémé et un jour, sa mère l’avait surprise à essayer de reproduire le geste et l’avait grondée, pensant qu’elle se moquait.
Elle avait à l’époque une dizaine d’année et pensait sincèrement qu’il y avait de la magie dans ce travail des pouces.

Mémé était impotente, se déplaçait à grand peine à l’aide de sa canne de sa chaise à sa chambre ou aux toilettes. Elle dépendait en tout de sa fille, de ses fils et de leurs épouses.

En regardant les autres membres de la famille rassemblés, elle se demanda si eux aussi percevaient combien Mémé avait été seule. Ses seuls plaisirs étaient les cigarettes qu’elle se roulait et dont elle léchait le papier pour les faire tenir, et les parties de cartes avec l’un ou l’autre de ses petits-enfants.

Elle frissonna malgré la chaleur. Quand elle rentrerait du lycée, il n’y aurait plus, près de la fenêtre, qu’une chaise vide.

With my grandmother, Léa

Avec ma grand-mère, Mémé, encore debout